LES FEMMES AU TIFF19.

Du 5 au 15 septembre 2019, le 44e Festival international du film de Toronto (TIFF), s’est déroulé sous le signe du féminisme et de l’engagement politique.

Parmi les 333 films projetés au festival, 36% des films sélectionnés ont été réalisés ou co-réalisés par des femmes. Une progression au regard des chiffres de l’année dernière puisque le pourcentage était de 35% en 2018.

Bien que le TIFF soit l’un des seuls grand festival international à faire la part belle aux femmes cinéastes. Cette progression décriée, démontre pourtant un réel travail de fond et de mise en avant. Le 1er jour du festival, si l’on ne notait que 9 projections de films de réalisatrices sur 27 projections*, il y avait chaque jour entre 9 et 26 projections de films de réalisatrices mis en avant, et ce dans toutes catégories confondues. Un record en comparaison, à la récente 76e Mostra de Venise, qui ne comptabilisait que 2 films de réalisatrices dans toute sa compétition.

*Programme du TIFF :
2ème jour : 24 projections de films de réalisatrices sur 59 projections, 3ème jour 17 sur 42, 4ème jour 26 sur 74, 5ème jour 17 sur 75, 6ème jour 22 sur 69, 7ème jour 14 sur 50, 8ème jour 9 sur 51, 9ème jour 25 sur 71, 10ème jour 8 sur 37 et pour finir : 11 sur 63 la dernière journée.

Antigone – Sophie Desrape

Au programme de cette 44e édition, 245 long-métrages, 82 court-métrages et 6 séries. En provenance de 84 pays dont le canada, qui totalise une représentation de 26 longs métrages et 25 courts métrages.
Près de 50% des films sont réalisés par des femmes canadiennes, contre 40% l’an dernier. Dans cette programmation canadienne, 3 longs métrages québécois francophones de réalisatrices : Il pleuvait des oiseaux, de Louise Archambault, Antigone, de Sophie Deraspe, et Kuessipan, de Myriam Verreault.

On a pu également découvrir le très attendu 53e film de la réalisatrice Alanis Obomsawin : Jordan River Anderson, The Messenger. Du côté des court-métrages, les réalisatrices ne sont pas en reste, avec notamment : Jarvik de Émilie Mannering, This ink runs deep de Asia Youngman, Life support de Renuka Jeyapalan, Les profondeurs de Ariane Louis-Seize, Delphine de Chloé Robichaud, I am in the world as free and slender as a deer on a plain de Sofia Banzhaf, Highway to haven de Sandra Ignagni, Volcano de Karen Moore, It’s nothing de Anna Maguire, Hot flash de Thea Hollatz, No crying at the dinner table de Carol Nguyen.

Atlantique – Mati Diop.

Plusieurs françaises cinéastes au rendez-vous : Alice Winocour avec Proxima, mettant en vedette une Eva Green en femme astronaute, dans un milieu masculin particulièrement hostile à une présence féminine. C’est insidieux, et par petite touche que la réalisatrice pointe du doigt le sexisme. Hind meddeb avec Paris Stalingrad, qui montre l’autre visage de l’immigration en France, Rebecca Zlotowsky a présenté 2 épisodes de sa nouvelle série politique Les Sauvages , qui sera diffusée en France, sur Canal+ , une interrogation sur l’identité, la dénonciation d’un stéréotype et de la discrimination. Anna Falguères, avec son premier long métrage co-écrit et co-réalisé  Pompéi, une histoire déchirante et déstabilisante sur l’adolescence, et enfin Julie Delpy, avec My Zoe, dans lequel la réalisatrice tient le premier rôle, traite d’une mère divorcée qui doit protéger sa fille après une tragédie inattendue.

Mati Diop
, était également de la partie, pour nous parler de la migration africaine, un sujet qu’elle traite d’une façon novatrice. Dans Atlantique, – qui on le rappel a reçu le Grand Prix à Cannes – on se retrouve comme entre imaginaire et horreur. Atlantique, ou l’art et la manière de sensibiliser à un sujet d’actualité, pour lequel il faut agir avec urgence. La cinéaste, s’est de nouveau distinguée, en recevant le prix Mary Pickford, au cours du gala hommage du festival : TIFF Gala Tribute. Un prix récompensant les nouvelles cinéastes talentueuses.

Céline Sciamma
, avec Portrait de la jeune fille en feu – qui s’était déjà démarqué en mai, au Festival de Cannes – nous propose un voyage au 18e siècle, avec l’histoire d’amour de deux femmes. L’une étant peintre, l’autre étant modèle. Un film avec une belle esthétique, un travail sur la photo soigné une bonne maîtrise des couleurs et de la lumière – qui nous projette au sens littéral dans une peinture.

Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma

La présence de la réalisatrice est symbolique. En effet, reconnue en France pour son combat pour une meilleure représentation des femmes au cinéma. Elle a participé à la création du Collectif « 5050 en 2020 », auquel on doit la charte pour la parité femmes – hommes, signée par de nombreux grands festivals internationaux, dont notamment le TIFF. Qui s’est engagé à plus de diversité et de parité avec la mission de « rendre transparente la liste des membres de ses comités de sélection et  de ces programmateurs ».

Du côté des réalisatrices françaises de court-métrage,  on retrouve Agnès Patron L’heure de l’ours.

Cette année si la place des femmes, est toujours au devant de la scène, on parle beaucoup d’immigration/migration, de religion, de droits civiques, de droit à l’avortement, du droit au contrôle de son propre corps et il est également question de santé mentale.

A l’écran, on a des femmes fortes, inspirantes, des rôles modèles, aux aspirations peu communes : On peut notamment citer le nouveau film de la réalisatrice Sophie Deraspe. Antigone, un drame contemporain inspiré de la tragédie éponyme de Sophocle. Antigone, une adolescente brillante, qui bascule du côté de la criminalité en aidant son frère à s’évader de prison.

There’s Something in the Water, un documentaire de Ellen Page, traitant de racisme environnemental. On y découvre les portraits de femmes fortes, autochtones et d’origine africaine, qui luttent pour protéger leurs communautés et leurs terres se battant contre les injustices et les conséquences catastrophiques, telles le cancer, causées par le racisme environnemental dans la Nouvelle-Écosse.

There’s something in the water – Ellen Page

Le TIFF est le seul grand festival international de cinéma à avoir fait le choix de ne pas avoir de compétition avec un jury, pour ces différentes catégories (comme à Cannes par exemple). Le festival met tout de même un point d’honneur à bien représenter tout le monde.

Avec les programmations : TIFF DOCS, pour le genre documentaire,  MIDNIGHT MADNESS, pour les histoires d’horreur, DISCOVERY, relayant les talents à suivre, PLATFORM composée des créations qui se sont distinguées par leur forme et leur contenu ou encore la programmation CWC – Contemporary World Cinema, on a pu ressentir une réelle volonté du festival, de mettre en avant de nouvelles voix. De donner un aperçu des thématiques qui touchent le monde qui nous entoure.

J’ai échangé avec Kiva Reardon, programmatrice de la sélection Contemporary World Cinema. Elle m’a expliqué sa mission de mettre un projecteur sans filtre et authentique sur des sujets d’actualité, des sujets qui nous entoure, pour éveiller les conscience et changer le regard que nous portons sur le monde.

Plus tôt cette année, la cérémonie des Oscars faisait polémique pour son manque de représentation des femmes cinéastes. Voici donc un peu d’inspiration pour les quelques 7.900 membres de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, pour insuffler plus de diversité en 2020 :

Antigone de Sophie Desrape
Saint-Maud de Rose Glass
37 seconds
de Hikari
Proxima de Alice Winocour
Clemency de Chinonye Chukwu
Dads de Bryce Dallas Howard
Zana de Antoneta Kastrati
Disco de Jorunn Myklebust Syversen
Made in Bangladesh de Rubaiyat Hossain
Arab blues de Manele Labidi
There’s something in the water de Ellen Page
Red Fields de Keren Yedaya
The perfect candidate de Haifaa Al-Mansour

Écoutez ma chronique sur CBC / Radio Canada :
16 h 17 |Les films réalisés par des femmes présentés au TIFF
L’heure de pointe Toronto/Windsor – Audio fil du vendredi 13 septembre 2019

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